Ce soir je suis loin de toi,
Tu me manques, je voudrais me rapprocher de ton aura
De ton aura de femme moderne, de femme libre
Afin d’être un peu plus dépendant, un peu plus fébrile
Tu es la femme dans mon cœur
Tu es celle qui soulage ma douleur
Et même si les siècles nous séparaient
J’inventerai la machine qui nous rapprocherait
Je me sens quelquefois tellement petit
Devant ton corps qui donne la vie
Et face auquel tous mes muscles, toute mon audace
Fondent, s’effondrent, comme poudre dans une crevasse
Je voudrai ne plus jamais te quitter, t’abandonner
Mais je sais que les kilomètres, les miles ou les lieues
Ne sont rien et ne peuvent nous séparer, nous couper
Car notre amour réciproque ne saurait être mieux
Tu es la femme dans mon cœur
Tu es celle qui soulage ma douleur
Et même si les siècles nous séparaient
J’inventerai la machine qui nous rapprocherait
Malgré tout je suis comme un enfant sans sa maman
Comme un Sanson sans sa chevelure
Comme un Hercule pantelant et chancelant
Tu vois, sans toi se dispersent mon passé et mon futur
Et je ne sais plus si je suis vivant ou mort
Si je dois avoir raison ou bien tort
Si je peux encore avancer ou reculer
Et si je pourrais continuer ainsi et m’obstiner
Tu es la femme dans mon cœur
Tu es celle qui soulage ma douleur
Et même si les siècles nous séparaient
J’inventerai la machine qui nous rapprocherait
5 juillet 2005
dimanche 13 mai 2007
mardi 8 mai 2007
Petite histoire camarguaise
Petite visite aux silures camarguais
Ou
Les aventures des nouveaux pieds nickelés
Toute ressemblance avec des personnages ou des événements connus n’a rien de fortuit et n’est absolument pas due au hasard. L’auteur s’expose d’ailleurs aux foudres terribles des protagonistes de ce petit récit, mais cela fera probablement l’objet d’une autre histoire.
Les premiers arrivés étaient Esux, un mécano surdoué qui avait choisi de se recycler dans l’ordre et la sécurité, et le serpent belge, un gringalet ne rêvant que d’une chose, habiter en Camargue pour plus profiter de ses jolies filles et de ses silures. Non pas qu’ils soient les plus près mais ils avaient choisi de voyager de nuit… à moins qu’ils n’aient déjà une petite idée derrière la tête… mais nous verrons cela un peu plus tard.
Les suivirent un peu plus tard et dans le désordre le plus total le gros Ross, une espèce de garde champêtre plus large que long, court sur patte et au fort accent méridional, Titin, grand échalas rigolard tout droit sorti des brumes du lac du Der, Esprit libre, sujet de sa gracieuse majesté Albert II, roi des belges, sortant une plaisanterie (belge, bien sur) à la minute et PierrotG35, jeune lyonnais à priori fort sympathique qui, non seulement ne buvait pas l’apéro mais, de plus, refusait absolument de manger la nourriture sacralisée du pêcheur, le saucisson.
La plupart de ces personnages ne s’étaient jamais rencontrés que par internet, par le biais d’un site plus ou moins bien tenu par une espèce de vieux moutard motard se prénommant Marhu (tu parles d’un nom, y en a qui ont pas de chance…). Leurs seuls liens étaient la passion de la pêche du silure et le forum sur lequel ils laissaient libre cours à leurs incessantes questions concernant les infimes détails du montage des lignes…
Tout ce petit monde s’installa tant bien que mal avec un fatras de cannes, bateaux et ustensiles divers au milieu d’un petit camping ( ?) ressemblant beaucoup plus à un terrain vague qu’à une résidence pour pêcheurs, même rustiques… Imaginez un peu un terrain au bord du petit Rhône dont les berges sont constituées de vieilles remorques à bateau pourries, de tuiles cassées et de vieux blocs de béton avec des arbres poussant de façon totalement anarchique et des herbes folles de près d’un mètre de haut ; telle était leur résidence de vacance.
Vinrent ensuite Maurin (du nom d’un célèbre bandit provençal) et Marx (pas Karl, un autre), les duettistes de l’high tech de la pêche à la ligne, tous deux ne se déplaçant jamais sans, au moins, trois mille euros de matériel à la main. Les accompagnaient deux carpistes bons vivants les aillant suivi par inadvertance en voulant goûter aux joies quelque peu bizarres de la pêche du silure et qui, voyant les carpes qu’ils dorlotaient habituellement servir de vif sur des hameçons gigantesques, se demandaient un peu ce qu’ils faisaient là.
L’aventure commence par la capture d’un silure que personne n’a jamais vu. Les premiers arrivants, Esux et le serpent belge déclarèrent en effet avoir capturé un poisson de un mètre soixante et, bien sur, remis à l’eau juste avant (quel hasard !) l’arrivée des autres… Ils produisirent pour preuve une photographie devant plus, à mon avis, à Photoshop qu’à la tactique dite « de la touche réflexe » dont se gargarisait ledit Esux… Que ne ferait on pas pour se prémunir de la bredouille…
Bref, les choses semblaient bien commencer, c’est après que ça se gâte…
Après que chacun de ces zigotos ai déchargé environ une demi-tonne de matériel, ce qui ajouta encore à la pagaille naturelle du camping, rappelons qu’ils n’étaient venus que pour quatre jours, vint la mise à l’eau des bateaux. Celui des deux premiers arrivants étant déjà à l’eau, se succédèrent sur l’infâme descente en béton toute tordue faisant office de cale de mise à l’eau Titin avec son Pap360 flambant neuf puis le gros Ross. Là, le spectacle était à la hauteur du terrain où ils allaient passer ces quelques jours : Sur une remorque toute tordue et bricolée (avec quel talent !!!???) se trouvait une espèce de petit youyou qui avait dû être, autrefois, un voilier et se trouvait maintenant reconverti gaillardement en bateau à moteur avec un GROS…4CV… Je crois que même un condamné à mort aurait refusé de monter là-dessus…
Les voilà donc tous partis, jurant qu’ils allaient ramener des dizaines de photos de leurs, inévitablement, multiples et énormes captures à Marx. Celui-ci voulant se transformer en Orson Welles silurien, il avait emmené, high tech oblige, ordinateur avec connexion à l’internet par satellite et tout un tas matériel photo et vidéo afin de les mettre en ligne au fur et à mesure.
Passées les premières vingt quatre heures de pêche, la pêche de nuit étant autorisée à cet endroit, des questions commencèrent à se poser et le doute de commencer à s’installer… Pas de poissons… ou si peu… quelques alevins, ou guère plus gros, de silures… L’eau est trop basse, la lune trop haute, le temps trop beau, à moins que l’eau ne soit trop mouillée… Bref, quelque chose ne va pas… Pourtant, ils déployaient toute leur science ( ?) de la pêche pour essayer de leurrer ces poissons qui, visiblement, n’étaient pas très coopératifs. Certains n’avaient pas hésité à faire faire mille kilomètres à des tanches et des carassins qui, pourtant, étaient peu enclins au voyage, surtout pour finir accrochés à des hameçons triples de 5/0 et promenés devant le nez d’un tigre géant à longues moustaches…C’est bien connu, ces poissons prennent rarement l’autoroute d’eux-mêmes… Peut être les silures n’étaient ils tout simplement pas au courant que leurs admirateurs les plus fervents étaient venus de toute la France et même de Belgique ? Qui avait oublié de le leur dire ?
Heureusement, ils avaient prévu de quoi se sustenter avec la commande d’une Gardianne de taureau pour un soir et de Veau en sauce aux pignons pour le lendemain, tout cela correctement arrosé de quelques crus plus que sympathiques apportés par les uns et les autres…
Qu’importe, demain ça va mordre, ça ne peut pas ne pas mordre avait dit, plein de confiance, PierrotG35. Paroles prémonitoires. En effet, le lendemain, presque à la surprise générale, il prenait quand même, en compagnie du retardataire Kiko06, jeune niçois dont on se demandait s’il sortait de l’école ou des barricades de mai 68, un silure albinos, certes pas très gros, il dépassait à peine les cent vingt centimètres mais qui avait le mérite d’avoir contribué un peu à relever le moral des troupes. Ragaillardies, les différentes équipes se remirent donc « au travail ». Les mêmes « alevins » récompensèrent les efforts de quelques uns mais visiblement les silures dignes de ce nom étaient occupés à autre chose…A force d’échafauder des hypothèses, la lumière vint : ILS SE REPRODUISENT !!! Sinon comment expliquer cette absence de touches quasi-totale, seuls ceux n’étant pas en age de frayer étant un peu mordeurs… La température de l’eau à 21°, le niveau de l’eau stable, le mois de mai pointant le bout de son nez, la solution était là !!! Evidemment, pour comparer, si on vous tendait un sandwich lorsque vous êtes en pleine « action », au moment fatidique, est-ce que vous le mangeriez, vous…
La nuit suivante fut un peu plus agitée. Esux et le Serpent belge avaient calées quatre cannes à la bouée, technique qui consiste à tirer sa ligne jusqu’à une bouée et tendre le fil qui est retenue par un « cassant » de 30 ou 40/100 afin de faire évoluer un vif colossal (jusqu’à trois ou quatre kilogrammes) juste sous la surface. Comme tous les soirs, ils espéraient ainsi capturer LE silure gigantesque qui hantait leurs rêves. A cinq heures du matin, Titin, qui dormait juste à côté, se réveilla et, peut être visionnaire, s’assit devant les cannes pendant que le bruit d’au moins une demi douzaine de tronçonneuses sortait des diverses tentes. Le gros Ross, toujours pas déconfit, était parti vers trois heures du matin à bord de son ex-voilier reconverti pour tenter une dérive aux vifs. Titin rêvait en regardant la nuit qui commençait à peine à donner des signes d’évanouissement quand, soudain, CLAC !!! Une cassant qui explose ! La canne se redresse puis se plie à nouveau, sous la pression de la touche. Il se lève d’un bond, ferre le poisson et crie, appelle à son secours les dormeurs qui essaient de sortir de leur tente en catastrophe. Esux s’empêtre dans son sac de couchage pendant que le Serpent belge déchire sa tente pour essayer de sortir. Titin sent une vie, une force qui pèse là-bas, de l’autre côté.
-« Ca ne semble pas énorme, pense-t-il, peut-être un mètre cinquante… »
Il appelle encore et veut s’avancer pour descendre vers le bateau. Là, tout à coup, un rush d’une puissance insoupçonnée le tire en avant, la canne se plie, se tord, le moulinet, qui, pourtant, était quasiment bloqué, se dévide et laisse sortir quarante ou cinquante mètres de tresse. Le grand bonhomme se trouve au bord, en surplomb des bateaux et en déséquilibre ; une seule solution, il saute, dévale comme il peut le raide talus et, d’un bond, se retrouve dans le bateau sans, miracle, n’avoir cassé quoi que ce soit. Le Serpent belge qui a réussi à faire un trou dans sa tente pour sortir descend en courant et saute aussi dans la barque. Titin lui rend sa canne, s’empresse de détacher la corde qui les retient au bord. Ouf ! Le combat peut commencer.
S’ensuit une bataille, presque une rixe entre le poisson furieux de s’être laissé surprendre et qui ne veut pas abandonner un pouce de terrain et le pêcheur à peine réveillé mais qui veut par-dessus tout voir ce monstre qui le secoue, le tire, voudrait s’en aller. Après plusieurs autres rush et deux ou trois dizaines de minutes, le grand poisson abdique, il dégaze (lâcher de bulles qui lui permet d’équilibrer la pression de l’eau avec sa vessie gazeuse) et commence à monter.
-« Il est gros, plus de deux mètres, s’écrie Le Serpent belge, c’est peut-être mon record ! ».
Le poisson arrive près du bateau, il est pris par la mâchoire inférieure par les deux pêcheurs puis hissé à bord. Un rapide coup de mètre ; un peu plus de deux mètres dix. Ils retournent vers le camping, heureux et fiers du superbe poisson. Arrivés, ils l’encordent (technique qui consiste à passer une corde par l’ouïe du poisson afin de l’attacher) et le remettent à l’eau, solidement tenu au bout de trois mètres de corde, à l’ombre d’un grand figuier afin qu’il récupère de cette rude bagarre. Deux heures plus tard, après avoir rameuté tous ceux qui s’était dispersés, ils pouvaient enfin savourer le bonheur de cette capture en lui faisant une séance photo que n’aurait pas désavouée Adriana Karembeu ou Naomie Campbell… Sauf qu’elles, après, on ne les remet pas dans l’eau…
Le petit groupe le porta alors doucement, presque religieusement, au bord de ce Petit Rhône où il était né et le remirent enfin dans son élément naturel, avec quand même, encore une bonne centaine de photographies… Il partit doucement, peut-être les remerciant de ne pas avoir pris sa vie…
Le reste du séjour fut comme le début, quelques petits poissons, quelques espoirs déçus… Mais finalement, n’avaient ils pas tous été récompensés par cette capture et les inévitables souvenirs communs ; par ces liens qui, peu à peu, s’étaient tissés entre eux. Ne serait-ce point cela l’amitié ? Le pêcheur est, bien souvent, solitaire mais là, ils ne se connaissaient pas en arrivant et pourtant, pourtant, c’est sûr, ils n’oublieront pas, même s’ils prennent d’autres poissons plus gros encore, ce silure, ces jours heureux, cette ambiance de partage et d’espoirs communs.
Je suis sûr qu’en partant, en rentrant vers le travail, les ennuis quotidiens, dans leur voiture au milieu des embouteillages du 1er mai, ils avaient tous en tête la même chanson de Georges Brassens…
« Non, ce n’était pas le radeau de la Méduse, ce bateau,………. Les copains d’abord »
Un grand pardon à ceux que je n’ai pas cité dans cette petite histoire ainsi qu’à ceux que j’ai décrit et dont j’ai pu blesser l’amour propre.
Ou
Les aventures des nouveaux pieds nickelés
Toute ressemblance avec des personnages ou des événements connus n’a rien de fortuit et n’est absolument pas due au hasard. L’auteur s’expose d’ailleurs aux foudres terribles des protagonistes de ce petit récit, mais cela fera probablement l’objet d’une autre histoire.
Les premiers arrivés étaient Esux, un mécano surdoué qui avait choisi de se recycler dans l’ordre et la sécurité, et le serpent belge, un gringalet ne rêvant que d’une chose, habiter en Camargue pour plus profiter de ses jolies filles et de ses silures. Non pas qu’ils soient les plus près mais ils avaient choisi de voyager de nuit… à moins qu’ils n’aient déjà une petite idée derrière la tête… mais nous verrons cela un peu plus tard.
Les suivirent un peu plus tard et dans le désordre le plus total le gros Ross, une espèce de garde champêtre plus large que long, court sur patte et au fort accent méridional, Titin, grand échalas rigolard tout droit sorti des brumes du lac du Der, Esprit libre, sujet de sa gracieuse majesté Albert II, roi des belges, sortant une plaisanterie (belge, bien sur) à la minute et PierrotG35, jeune lyonnais à priori fort sympathique qui, non seulement ne buvait pas l’apéro mais, de plus, refusait absolument de manger la nourriture sacralisée du pêcheur, le saucisson.
La plupart de ces personnages ne s’étaient jamais rencontrés que par internet, par le biais d’un site plus ou moins bien tenu par une espèce de vieux moutard motard se prénommant Marhu (tu parles d’un nom, y en a qui ont pas de chance…). Leurs seuls liens étaient la passion de la pêche du silure et le forum sur lequel ils laissaient libre cours à leurs incessantes questions concernant les infimes détails du montage des lignes…
Tout ce petit monde s’installa tant bien que mal avec un fatras de cannes, bateaux et ustensiles divers au milieu d’un petit camping ( ?) ressemblant beaucoup plus à un terrain vague qu’à une résidence pour pêcheurs, même rustiques… Imaginez un peu un terrain au bord du petit Rhône dont les berges sont constituées de vieilles remorques à bateau pourries, de tuiles cassées et de vieux blocs de béton avec des arbres poussant de façon totalement anarchique et des herbes folles de près d’un mètre de haut ; telle était leur résidence de vacance.
Vinrent ensuite Maurin (du nom d’un célèbre bandit provençal) et Marx (pas Karl, un autre), les duettistes de l’high tech de la pêche à la ligne, tous deux ne se déplaçant jamais sans, au moins, trois mille euros de matériel à la main. Les accompagnaient deux carpistes bons vivants les aillant suivi par inadvertance en voulant goûter aux joies quelque peu bizarres de la pêche du silure et qui, voyant les carpes qu’ils dorlotaient habituellement servir de vif sur des hameçons gigantesques, se demandaient un peu ce qu’ils faisaient là.
L’aventure commence par la capture d’un silure que personne n’a jamais vu. Les premiers arrivants, Esux et le serpent belge déclarèrent en effet avoir capturé un poisson de un mètre soixante et, bien sur, remis à l’eau juste avant (quel hasard !) l’arrivée des autres… Ils produisirent pour preuve une photographie devant plus, à mon avis, à Photoshop qu’à la tactique dite « de la touche réflexe » dont se gargarisait ledit Esux… Que ne ferait on pas pour se prémunir de la bredouille…
Bref, les choses semblaient bien commencer, c’est après que ça se gâte…
Après que chacun de ces zigotos ai déchargé environ une demi-tonne de matériel, ce qui ajouta encore à la pagaille naturelle du camping, rappelons qu’ils n’étaient venus que pour quatre jours, vint la mise à l’eau des bateaux. Celui des deux premiers arrivants étant déjà à l’eau, se succédèrent sur l’infâme descente en béton toute tordue faisant office de cale de mise à l’eau Titin avec son Pap360 flambant neuf puis le gros Ross. Là, le spectacle était à la hauteur du terrain où ils allaient passer ces quelques jours : Sur une remorque toute tordue et bricolée (avec quel talent !!!???) se trouvait une espèce de petit youyou qui avait dû être, autrefois, un voilier et se trouvait maintenant reconverti gaillardement en bateau à moteur avec un GROS…4CV… Je crois que même un condamné à mort aurait refusé de monter là-dessus…
Les voilà donc tous partis, jurant qu’ils allaient ramener des dizaines de photos de leurs, inévitablement, multiples et énormes captures à Marx. Celui-ci voulant se transformer en Orson Welles silurien, il avait emmené, high tech oblige, ordinateur avec connexion à l’internet par satellite et tout un tas matériel photo et vidéo afin de les mettre en ligne au fur et à mesure.
Passées les premières vingt quatre heures de pêche, la pêche de nuit étant autorisée à cet endroit, des questions commencèrent à se poser et le doute de commencer à s’installer… Pas de poissons… ou si peu… quelques alevins, ou guère plus gros, de silures… L’eau est trop basse, la lune trop haute, le temps trop beau, à moins que l’eau ne soit trop mouillée… Bref, quelque chose ne va pas… Pourtant, ils déployaient toute leur science ( ?) de la pêche pour essayer de leurrer ces poissons qui, visiblement, n’étaient pas très coopératifs. Certains n’avaient pas hésité à faire faire mille kilomètres à des tanches et des carassins qui, pourtant, étaient peu enclins au voyage, surtout pour finir accrochés à des hameçons triples de 5/0 et promenés devant le nez d’un tigre géant à longues moustaches…C’est bien connu, ces poissons prennent rarement l’autoroute d’eux-mêmes… Peut être les silures n’étaient ils tout simplement pas au courant que leurs admirateurs les plus fervents étaient venus de toute la France et même de Belgique ? Qui avait oublié de le leur dire ?
Heureusement, ils avaient prévu de quoi se sustenter avec la commande d’une Gardianne de taureau pour un soir et de Veau en sauce aux pignons pour le lendemain, tout cela correctement arrosé de quelques crus plus que sympathiques apportés par les uns et les autres…
Qu’importe, demain ça va mordre, ça ne peut pas ne pas mordre avait dit, plein de confiance, PierrotG35. Paroles prémonitoires. En effet, le lendemain, presque à la surprise générale, il prenait quand même, en compagnie du retardataire Kiko06, jeune niçois dont on se demandait s’il sortait de l’école ou des barricades de mai 68, un silure albinos, certes pas très gros, il dépassait à peine les cent vingt centimètres mais qui avait le mérite d’avoir contribué un peu à relever le moral des troupes. Ragaillardies, les différentes équipes se remirent donc « au travail ». Les mêmes « alevins » récompensèrent les efforts de quelques uns mais visiblement les silures dignes de ce nom étaient occupés à autre chose…A force d’échafauder des hypothèses, la lumière vint : ILS SE REPRODUISENT !!! Sinon comment expliquer cette absence de touches quasi-totale, seuls ceux n’étant pas en age de frayer étant un peu mordeurs… La température de l’eau à 21°, le niveau de l’eau stable, le mois de mai pointant le bout de son nez, la solution était là !!! Evidemment, pour comparer, si on vous tendait un sandwich lorsque vous êtes en pleine « action », au moment fatidique, est-ce que vous le mangeriez, vous…
La nuit suivante fut un peu plus agitée. Esux et le Serpent belge avaient calées quatre cannes à la bouée, technique qui consiste à tirer sa ligne jusqu’à une bouée et tendre le fil qui est retenue par un « cassant » de 30 ou 40/100 afin de faire évoluer un vif colossal (jusqu’à trois ou quatre kilogrammes) juste sous la surface. Comme tous les soirs, ils espéraient ainsi capturer LE silure gigantesque qui hantait leurs rêves. A cinq heures du matin, Titin, qui dormait juste à côté, se réveilla et, peut être visionnaire, s’assit devant les cannes pendant que le bruit d’au moins une demi douzaine de tronçonneuses sortait des diverses tentes. Le gros Ross, toujours pas déconfit, était parti vers trois heures du matin à bord de son ex-voilier reconverti pour tenter une dérive aux vifs. Titin rêvait en regardant la nuit qui commençait à peine à donner des signes d’évanouissement quand, soudain, CLAC !!! Une cassant qui explose ! La canne se redresse puis se plie à nouveau, sous la pression de la touche. Il se lève d’un bond, ferre le poisson et crie, appelle à son secours les dormeurs qui essaient de sortir de leur tente en catastrophe. Esux s’empêtre dans son sac de couchage pendant que le Serpent belge déchire sa tente pour essayer de sortir. Titin sent une vie, une force qui pèse là-bas, de l’autre côté.
-« Ca ne semble pas énorme, pense-t-il, peut-être un mètre cinquante… »
Il appelle encore et veut s’avancer pour descendre vers le bateau. Là, tout à coup, un rush d’une puissance insoupçonnée le tire en avant, la canne se plie, se tord, le moulinet, qui, pourtant, était quasiment bloqué, se dévide et laisse sortir quarante ou cinquante mètres de tresse. Le grand bonhomme se trouve au bord, en surplomb des bateaux et en déséquilibre ; une seule solution, il saute, dévale comme il peut le raide talus et, d’un bond, se retrouve dans le bateau sans, miracle, n’avoir cassé quoi que ce soit. Le Serpent belge qui a réussi à faire un trou dans sa tente pour sortir descend en courant et saute aussi dans la barque. Titin lui rend sa canne, s’empresse de détacher la corde qui les retient au bord. Ouf ! Le combat peut commencer.
S’ensuit une bataille, presque une rixe entre le poisson furieux de s’être laissé surprendre et qui ne veut pas abandonner un pouce de terrain et le pêcheur à peine réveillé mais qui veut par-dessus tout voir ce monstre qui le secoue, le tire, voudrait s’en aller. Après plusieurs autres rush et deux ou trois dizaines de minutes, le grand poisson abdique, il dégaze (lâcher de bulles qui lui permet d’équilibrer la pression de l’eau avec sa vessie gazeuse) et commence à monter.
-« Il est gros, plus de deux mètres, s’écrie Le Serpent belge, c’est peut-être mon record ! ».
Le poisson arrive près du bateau, il est pris par la mâchoire inférieure par les deux pêcheurs puis hissé à bord. Un rapide coup de mètre ; un peu plus de deux mètres dix. Ils retournent vers le camping, heureux et fiers du superbe poisson. Arrivés, ils l’encordent (technique qui consiste à passer une corde par l’ouïe du poisson afin de l’attacher) et le remettent à l’eau, solidement tenu au bout de trois mètres de corde, à l’ombre d’un grand figuier afin qu’il récupère de cette rude bagarre. Deux heures plus tard, après avoir rameuté tous ceux qui s’était dispersés, ils pouvaient enfin savourer le bonheur de cette capture en lui faisant une séance photo que n’aurait pas désavouée Adriana Karembeu ou Naomie Campbell… Sauf qu’elles, après, on ne les remet pas dans l’eau…
Le petit groupe le porta alors doucement, presque religieusement, au bord de ce Petit Rhône où il était né et le remirent enfin dans son élément naturel, avec quand même, encore une bonne centaine de photographies… Il partit doucement, peut-être les remerciant de ne pas avoir pris sa vie…
Le reste du séjour fut comme le début, quelques petits poissons, quelques espoirs déçus… Mais finalement, n’avaient ils pas tous été récompensés par cette capture et les inévitables souvenirs communs ; par ces liens qui, peu à peu, s’étaient tissés entre eux. Ne serait-ce point cela l’amitié ? Le pêcheur est, bien souvent, solitaire mais là, ils ne se connaissaient pas en arrivant et pourtant, pourtant, c’est sûr, ils n’oublieront pas, même s’ils prennent d’autres poissons plus gros encore, ce silure, ces jours heureux, cette ambiance de partage et d’espoirs communs.
Je suis sûr qu’en partant, en rentrant vers le travail, les ennuis quotidiens, dans leur voiture au milieu des embouteillages du 1er mai, ils avaient tous en tête la même chanson de Georges Brassens…
« Non, ce n’était pas le radeau de la Méduse, ce bateau,………. Les copains d’abord »
Un grand pardon à ceux que je n’ai pas cité dans cette petite histoire ainsi qu’à ceux que j’ai décrit et dont j’ai pu blesser l’amour propre.
lundi 7 mai 2007
Oxygène (ou l'histoire d'un petit poisson)
Je suis né dans le ruisseau
Là, pas très loin du pont
Près des herbiers en aval des bateaux
De l’amour frénétique de deux poissons
Je n’ai connu ni père ni mère
Mais les autres de ma fratrie
Quand nous chassions les éphémères
Etaient tous mes amis
Il suffisait de se méfier
Des perches en bande
Et du solitaire brochet
Pour n’être point à l’amende
Mais là, je ne comprends plus
Qu’est ce qui m’arrive
Je suis comme en berlue
Qu’est qui m’arrime
J’avais faim et j’ai mal
Je lutte, me débat
Rien n’y fait, c’est pas banal
On me tire, m’abat
Quel est ce monde, cet équivoque
Où je ne trouve plus mon oxygène
Qui fait que je succombe, suffoque
Où, pourtant, je n’ai pas de gêne
Quel est ce être étrange
Qui m’attrape, me saisi
Serait-ce un ange
Suis je au paradis
Je tombe, chute
N’y a-t-il pas d’eau ici ?
Sur un fond dur je bute
Sur des cailloux je péri
Adieu, je ne sauterai plus le soir
Pour m’amuser, comme çà
Pour épater les copains ou les émouvoir
Adieu je m’en vais et déjà ne suis plus là…
Là, pas très loin du pont
Près des herbiers en aval des bateaux
De l’amour frénétique de deux poissons
Je n’ai connu ni père ni mère
Mais les autres de ma fratrie
Quand nous chassions les éphémères
Etaient tous mes amis
Il suffisait de se méfier
Des perches en bande
Et du solitaire brochet
Pour n’être point à l’amende
Mais là, je ne comprends plus
Qu’est ce qui m’arrive
Je suis comme en berlue
Qu’est qui m’arrime
J’avais faim et j’ai mal
Je lutte, me débat
Rien n’y fait, c’est pas banal
On me tire, m’abat
Quel est ce monde, cet équivoque
Où je ne trouve plus mon oxygène
Qui fait que je succombe, suffoque
Où, pourtant, je n’ai pas de gêne
Quel est ce être étrange
Qui m’attrape, me saisi
Serait-ce un ange
Suis je au paradis
Je tombe, chute
N’y a-t-il pas d’eau ici ?
Sur un fond dur je bute
Sur des cailloux je péri
Adieu, je ne sauterai plus le soir
Pour m’amuser, comme çà
Pour épater les copains ou les émouvoir
Adieu je m’en vais et déjà ne suis plus là…
jeudi 3 mai 2007
Le silure du rougeaud
Samedi, 6h du matin, j’arrive au débarcadère. Manu est déjà là, visiblement pas depuis longtemps, il enlève à peine les sangles de maintien du bateau sur la remorque.
« -Salut Manu !
-Salut Julien, ça va ?
-Ouais, tu as pensé à la réserve d’essence pour le bateau ?
-Oui et toi, tu as pas oublié les vers, j’espère ?
-Non ça va j’ai tout, allez dépêchons nous sinon le jour se lèvera avant que nous soyons sur l’eau. »
Le bateau glisse sur les rouleaux de la remorque et se retrouve rapidement attaché au bord. Les cannes dans les portes cannes, les vers et les encornets à portée de main et le blanc dans la glacière, tout est embarqué et rangé dans les coffres.
Enfin le moteur ronronne, nous enfilons les gilets de sécurité, je détache l’amarre et c’est parti. La lune est encore là, elle nous indique le chemin en se reflétant dans la rivière. Tant mieux, je n’ai pas trop l’habitude de naviguer de nuit, je préfère y voir un peu… Nous avons choisi d’aller explorer les fosses que j’ai repérées l’an dernier en pêchant le sandre au manié. Seul inconvénient, nous devons remonter le Rhône sur presque cinq kilomètres avant d’être à pied d’œuvre ; le temps presse si nous voulons attaquer au lever du jour.
Brrr, le vent de la vitesse me rafraîchi brusquement, je m’assieds pour m’en abriter un peu ; il y en a pour un gros quart d’heure.
Les étoiles clignent de l’oeil en nous voyant arriver et s’évanouissent peu après ; il fera beau. Cette petite maxime m’a déjà valu quelques saucées sans imperméable mais j’y crois toujours, je suis toujours de bonne humeur quand j’arrive à la pêche. Il n’y a qu’au .moment de partir que je suis moins heureux, car c’est çà la pêche, jouer avec des fils, des bouchons ou des cuillères pour essayer d’attraper un petit bout de bonheur qui s’appelle brochet, truite, carpe ou, plus simplement, gardon. Chaque poisson est un plaisir, une évasion sans cesse renouvelée. Mais aujourd’hui nous avons décidé de nous mesurer aux silures rhodaniens, j’espère que ce sera des GROS, ENORMES bouts de bonheur. On va dépasser les deux mètres aujourd’hui, il fait beau, le niveau d’eau est stable et un peu haut ; et si on en prenait deux de deux mètres, et puis après tout pourquoi pas trois ?
« -Oh Julien, tu rêves ? Et si tu préparais les cannes, ça serait mieux que de rêvasser ! »
Je remets les pieds sur terre, ou plutôt sur le bateau. Merde, c’est vrai, on va arriver avant que tout soit prêt. Bouge toi Juju. J’emboîte les deux brins de ma fil intérieur, tire sur l’émerillon baril qui empêche le fil de rentrer à l’intérieur sinon, galère pour le repasser dedans. Quel montage vais je prendre ? Je vais essayer celui que j’ai préparé d’après un post sur le forum du Silurus Glanis Team. Je le fixe sur l’émerillon. Les encornets ne sont pas tout à fait décongelés, moi qui avait déjà froid aux doigts… Il faut pourtant les découper en lanières et les fixer sur le triple. Je prends les vers canadiens et en fixe un sur chaque branche du 4/0 par-dessus les calmars. Je prends ensuite la nouvelle canne de Manu et lui réserve le même sort. J’ai à peine le temps de finir que déjà le pont nous servant de repère pour trouver les fosses se profile à la sortie d’une courbe.
« -On arrive, tu es prêt ?
-Ca y est, ta canne est prête aussi.
-Cool, j’espère que tu as soigné les nœuds ?
-Non, j’ai fait des nœuds qui glissent à la première traction… Mais oui, je les ai soigné mes Palomar. Le premier creux est là, 200 mètres en amont du pont, face à ces grands aulnes, passes sur la gauche et tournes plus haut.
-Oui capitaine ! »
Ca y est, nous y sommes. Là, le sondeur indique cinq mètres, nous entamons la dérive. Le deux lignes sont à l’eau, les gants protégeant les mains sont mis, ne manquent que les poissons. Nous ne clonckons pas ; il est trop tôt. Nous ne tenons pas à réveiller tout le quartier et avoir des problèmes après, déjà que certains nous reprochent de remettre nos poissons à l’eau…
Le fond plonge, six, sept, huit mètres, nous observons les traits figurant nos montages sur le sondeur. Je reste à quatre mètres tandis que Manu « colle » au fond. Un écho à cinq mètre ! Il monte, vient sur mon appât ; merde, pourquoi ne prend il pas ? YES, la touche ! La tresse me glisse entre les doigts, heureusement que j’ai le gant, il me protège de la douloureuse coupure.
« -Manu ! Touche !
-OK, j’y suis ! »
Il prend ma canne, rattrape rapidement le mou dans fil et me la donne. Je prends contact. Quelques coups de tête, il n’est pas très gros. Tant pis, premier passage, premier poisson, la journée s’annonce bien.
Petit combat, il mesure à peine plus de quatre vingt centimètres. Petite photo et à l’eau.
« -Vas grossir et reviens nous voir dans cinq ans. »
La joie et la motivation sont là, il ne reste plus qu’à s’appliquer pour bien pêcher.
Nous sommes sorti de la première fosse et continuons à dériver en nous guidant doucement au moteur électrique. Pas de bruits, nos copains ont l’ouie (c’est le cas de le dire) fine ; le moindre choc au fond du bateau, les ciseaux qui tombent, une boîte qui se renverse et on peut changer de poste… ou attendre un bon moment que tout se calme.
La matinée s’écoule doucement, deux autres poissons échouent dans le bateau. Pas de gros, le plus long mesure péniblement un mètre vingt mais il fait beau, deux copains rient en voyant le héron, surpris, s’envoler en criant, s’enthousiasment de la vitesse de l’éclair bleu turquoise du martin pêcheur et vont bientôt goûter les spécialités charcutières prévues pour le repas de midi…
Nous avons décidé d’ancrer juste en aval du pont et de caler une canne chacun au vif pendant que nous mangeons. Chose dite, chose faite ; les lignes sont tendues aux bouées que nous avons posées, l’apéro peut commencer.
Plop ! fait la bouteille de muscadet.
« -A nous, à nos parties de pêche… et un peu à nos femmes… » dit Manu en trinquant.
Le casse croûte nous restaure quelque peu ; depuis cinq heures du matin, le petit déjeuner était loin. Le vin est frais à souhait, comme une cuisse de jouvencelle diraient certains. Il nous désaltère. Le soleil est là et il commence à chauffer pas mal. La plus grande fortune du monde ne me servirait à rien aujourd’hui, je suis bien, c’est tout.
Un bruit de petit hors-bord nous sort de la léthargie bienfaitrice dans laquelle nous plongions doucement.
Un petit bateau blanc vient vers nous.
« -Où il va celui-là, il va quand même pas venir pêcher là ? » me dit Manu.
« -Et bien oui, j’en ai bien peur »
Un gros bonhomme rougeaud est au moteur, il ralentit en voyant que nous sommes installés à poste fixe.
« -Salut les p’tits gars, ça mord ?
-Pas beaucoup, des petits.
-Z’êtes au silure ?
-Ouais.
-Faites voir vos poissons.
-On les a remis à l’eau.
-Putain, y faut pas ! C’est bon le silure ! Et puis en plus, quand ça grossit ça bouffe tout, cette saleté.
-C’est vrai que c’est pas mauvais, j’en ai mangé une fois mais on préfère les remettre à l’eau.
-Moi, si vous les voulez pas, vous pouvez me les donner, je les mange !
-Désolé mais on préfère les rejeter…
-Dommage, au prix du permis, faut amortir… Vous restez là encore longtemps ou vous pêchez en dérive ? Non, c’est pas que je veux vous pousser mais je pêche là depuis trente ans alors si vous comptez pas rester, ça m’arrange…
-Il est gonflé le pépé » me glisse Manu.
« -Allez, on s’en va, sinon il va nous gâcher l’après midi. »
M’adressant à l’autre pêcheur : « Non, on allait partir, on vous laisse le poste. »
Nous ramenons les lignes, récupérons les bouées, reprenons les cannes à fil intérieur et remontons au dessus du pont pour refaire la dérive du matin.
Sitôt installé à notre place, le pêcheur lance ses cannes. Il pêche au vif, sans doute au brochet car même de loin on distingue ses bas de ligne d’acier…
Notre dérive semble moins fructueuse que le matin. Les poissons font la sieste. Ils ont bien raison, c’est probablement ce que nous ferions si ce §§§§§§§§§§§§§§ (censuré) n’était pas venu.
Une demie heure s’est écoulée lorsque nous arrivons, les yeux rivés sur le sondeur, à sa hauteur.
« -Hé, les p’tits gars, faites attention, vous approchez pas, j’en ai un gros !!! »
Relevant la tête, nous voyons le zigoto arc-bouté sur une canne démesurée avec un moulinet qui pourrait servir de treuil pour tirer une voiture.
« -Put…, si ça casse, ça va faire mal » dis je à Manu.
A peine ai je terminé ; CLAC !!! La canne mamouthesque revient comme un ressort et frappe le gros bonhomme en plein front, il part en arrière, se prend les pieds dans le matériel au fond du bateau et tombe en arrière. Nous entendons un énorme CRRAAACCC.
« -Hé, monsieur, ça va ? »
Pas de réponse.
« -Il faut aller voir »
Nous nous approchons et commençons à entendre un grommellement sourd puis voyons émerger une tête. Le fond du bateau est jonché de débris de cannes, il en a écrasé au moins trois et un espèce de petit tabouret, sa caisse de matériel est renversé et à moitié écrasée. Il se relève difficilement en râlant.
« -Ca va, monsieur ?
-Ouais, ça va, occupez vous de vos affaires.
-OK, excusez nous »
Une énorme bosse rouge et bientôt violette est en train de sortir au milieu de son front, nous pouffons et nous retenons d’éclater de rire.
« -Allez, on se fait une dernière dérive et on descend, OK manu ?
-C’est parti ! »
Nouveau passage sur les fosses, nouvel échec.
« -Le dernier creux du coin est juste en aval du pont, on le fait et on descend vers le débarcadère.
-Tiens, on dirait un petit gratouillis… »
Tout à coup, le bras de Manu part en arrière, tiré par la tresse qui zippe dans le gant.
« -J’en ai un ! »
Je prends sa canne, récupère le mou.
« -C’est bon, lâches ! »
J’ai juste le temps de sentir un coup lourd, sourd dans la canne avant de la lui donner. Il prend contact, la canne plie, le frein du moulinet chante en lâchant du fil.
« -Il est gros !
« -Je m’en serais douté ! A voir ta canne et ta tête ! »
Une belle bagarre s’ensuit, il ne veut pas monter et sonde plusieurs fois puis, après quelques minutes, le silure dégaze enfin. On voit les grosses bulles annonçant sa prochaine rédition qui montent. Ca y est, il est là. Il mesure sûrement plus de deux mètres. Je le saisi des deux mains par la mâchoire inférieure et le fait glisser avec peine contre le bord du bateau pour le basculer à l’intérieur.
« -Je crois que c’est mon record ! » crie Manu
Je prends la pince pour enlever le triple, le décroche puis vois quelques chose de l’autre côté de la bouche du poisson. Un énorme hameçon simple.
Me tournant vers l’autre pêcheur qui est en train de plier ce qu’il lui reste de matériel : « -Vous pêchez avec des simples de quelle taille ?
-Je sais pas, c’est des hameçons à requin qu’on m’a donné. Vous en avez attrapé un ? J’ai pas vu.
-Non c’est rien, juste un petit, au revoir.
-Au revoir »
Nous laissons le courant nous pousser et accostons un peu plus loin, à l’abri des regards. Dépliant le tapis de réception pour ne pas l’abîmer, Manu jubile « -Ca aurait été dommage qu’il finisse en filet ou en darne, tu crois pas ? »
Je le regarde avec un sourire et lui fait un clin d’œil. Pas besoin de grands discours…
Mercredi, 20 heures, j’arrive enfin chez moi et regarde mes e-mails. Un message de Manu : « En souvenir de cette mémorable journée. » J’ouvre les fichiers joints : les photos des petits silures. Puis toute une série du 2,25m de Manu. Quel beau poisson… Qu’aurait fait le rougeaud s’il l’avait capturé ? Probablement tué ; mais pour quoi faire ? Il n’aurait quand même pas pu manger toute cette viande, ou alors il aurait rempli d’un seul coup son congélateur. Garder un poisson de temps en temps pour le manger, c’est normal mais des poissons trophées comme celui-ci…
Peut être le reprendrons nous un jour, quand il aura encore grossi, quel bonheur ce serait…
« -Salut Manu !
-Salut Julien, ça va ?
-Ouais, tu as pensé à la réserve d’essence pour le bateau ?
-Oui et toi, tu as pas oublié les vers, j’espère ?
-Non ça va j’ai tout, allez dépêchons nous sinon le jour se lèvera avant que nous soyons sur l’eau. »
Le bateau glisse sur les rouleaux de la remorque et se retrouve rapidement attaché au bord. Les cannes dans les portes cannes, les vers et les encornets à portée de main et le blanc dans la glacière, tout est embarqué et rangé dans les coffres.
Enfin le moteur ronronne, nous enfilons les gilets de sécurité, je détache l’amarre et c’est parti. La lune est encore là, elle nous indique le chemin en se reflétant dans la rivière. Tant mieux, je n’ai pas trop l’habitude de naviguer de nuit, je préfère y voir un peu… Nous avons choisi d’aller explorer les fosses que j’ai repérées l’an dernier en pêchant le sandre au manié. Seul inconvénient, nous devons remonter le Rhône sur presque cinq kilomètres avant d’être à pied d’œuvre ; le temps presse si nous voulons attaquer au lever du jour.
Brrr, le vent de la vitesse me rafraîchi brusquement, je m’assieds pour m’en abriter un peu ; il y en a pour un gros quart d’heure.
Les étoiles clignent de l’oeil en nous voyant arriver et s’évanouissent peu après ; il fera beau. Cette petite maxime m’a déjà valu quelques saucées sans imperméable mais j’y crois toujours, je suis toujours de bonne humeur quand j’arrive à la pêche. Il n’y a qu’au .moment de partir que je suis moins heureux, car c’est çà la pêche, jouer avec des fils, des bouchons ou des cuillères pour essayer d’attraper un petit bout de bonheur qui s’appelle brochet, truite, carpe ou, plus simplement, gardon. Chaque poisson est un plaisir, une évasion sans cesse renouvelée. Mais aujourd’hui nous avons décidé de nous mesurer aux silures rhodaniens, j’espère que ce sera des GROS, ENORMES bouts de bonheur. On va dépasser les deux mètres aujourd’hui, il fait beau, le niveau d’eau est stable et un peu haut ; et si on en prenait deux de deux mètres, et puis après tout pourquoi pas trois ?
« -Oh Julien, tu rêves ? Et si tu préparais les cannes, ça serait mieux que de rêvasser ! »
Je remets les pieds sur terre, ou plutôt sur le bateau. Merde, c’est vrai, on va arriver avant que tout soit prêt. Bouge toi Juju. J’emboîte les deux brins de ma fil intérieur, tire sur l’émerillon baril qui empêche le fil de rentrer à l’intérieur sinon, galère pour le repasser dedans. Quel montage vais je prendre ? Je vais essayer celui que j’ai préparé d’après un post sur le forum du Silurus Glanis Team. Je le fixe sur l’émerillon. Les encornets ne sont pas tout à fait décongelés, moi qui avait déjà froid aux doigts… Il faut pourtant les découper en lanières et les fixer sur le triple. Je prends les vers canadiens et en fixe un sur chaque branche du 4/0 par-dessus les calmars. Je prends ensuite la nouvelle canne de Manu et lui réserve le même sort. J’ai à peine le temps de finir que déjà le pont nous servant de repère pour trouver les fosses se profile à la sortie d’une courbe.
« -On arrive, tu es prêt ?
-Ca y est, ta canne est prête aussi.
-Cool, j’espère que tu as soigné les nœuds ?
-Non, j’ai fait des nœuds qui glissent à la première traction… Mais oui, je les ai soigné mes Palomar. Le premier creux est là, 200 mètres en amont du pont, face à ces grands aulnes, passes sur la gauche et tournes plus haut.
-Oui capitaine ! »
Ca y est, nous y sommes. Là, le sondeur indique cinq mètres, nous entamons la dérive. Le deux lignes sont à l’eau, les gants protégeant les mains sont mis, ne manquent que les poissons. Nous ne clonckons pas ; il est trop tôt. Nous ne tenons pas à réveiller tout le quartier et avoir des problèmes après, déjà que certains nous reprochent de remettre nos poissons à l’eau…
Le fond plonge, six, sept, huit mètres, nous observons les traits figurant nos montages sur le sondeur. Je reste à quatre mètres tandis que Manu « colle » au fond. Un écho à cinq mètre ! Il monte, vient sur mon appât ; merde, pourquoi ne prend il pas ? YES, la touche ! La tresse me glisse entre les doigts, heureusement que j’ai le gant, il me protège de la douloureuse coupure.
« -Manu ! Touche !
-OK, j’y suis ! »
Il prend ma canne, rattrape rapidement le mou dans fil et me la donne. Je prends contact. Quelques coups de tête, il n’est pas très gros. Tant pis, premier passage, premier poisson, la journée s’annonce bien.
Petit combat, il mesure à peine plus de quatre vingt centimètres. Petite photo et à l’eau.
« -Vas grossir et reviens nous voir dans cinq ans. »
La joie et la motivation sont là, il ne reste plus qu’à s’appliquer pour bien pêcher.
Nous sommes sorti de la première fosse et continuons à dériver en nous guidant doucement au moteur électrique. Pas de bruits, nos copains ont l’ouie (c’est le cas de le dire) fine ; le moindre choc au fond du bateau, les ciseaux qui tombent, une boîte qui se renverse et on peut changer de poste… ou attendre un bon moment que tout se calme.
La matinée s’écoule doucement, deux autres poissons échouent dans le bateau. Pas de gros, le plus long mesure péniblement un mètre vingt mais il fait beau, deux copains rient en voyant le héron, surpris, s’envoler en criant, s’enthousiasment de la vitesse de l’éclair bleu turquoise du martin pêcheur et vont bientôt goûter les spécialités charcutières prévues pour le repas de midi…
Nous avons décidé d’ancrer juste en aval du pont et de caler une canne chacun au vif pendant que nous mangeons. Chose dite, chose faite ; les lignes sont tendues aux bouées que nous avons posées, l’apéro peut commencer.
Plop ! fait la bouteille de muscadet.
« -A nous, à nos parties de pêche… et un peu à nos femmes… » dit Manu en trinquant.
Le casse croûte nous restaure quelque peu ; depuis cinq heures du matin, le petit déjeuner était loin. Le vin est frais à souhait, comme une cuisse de jouvencelle diraient certains. Il nous désaltère. Le soleil est là et il commence à chauffer pas mal. La plus grande fortune du monde ne me servirait à rien aujourd’hui, je suis bien, c’est tout.
Un bruit de petit hors-bord nous sort de la léthargie bienfaitrice dans laquelle nous plongions doucement.
Un petit bateau blanc vient vers nous.
« -Où il va celui-là, il va quand même pas venir pêcher là ? » me dit Manu.
« -Et bien oui, j’en ai bien peur »
Un gros bonhomme rougeaud est au moteur, il ralentit en voyant que nous sommes installés à poste fixe.
« -Salut les p’tits gars, ça mord ?
-Pas beaucoup, des petits.
-Z’êtes au silure ?
-Ouais.
-Faites voir vos poissons.
-On les a remis à l’eau.
-Putain, y faut pas ! C’est bon le silure ! Et puis en plus, quand ça grossit ça bouffe tout, cette saleté.
-C’est vrai que c’est pas mauvais, j’en ai mangé une fois mais on préfère les remettre à l’eau.
-Moi, si vous les voulez pas, vous pouvez me les donner, je les mange !
-Désolé mais on préfère les rejeter…
-Dommage, au prix du permis, faut amortir… Vous restez là encore longtemps ou vous pêchez en dérive ? Non, c’est pas que je veux vous pousser mais je pêche là depuis trente ans alors si vous comptez pas rester, ça m’arrange…
-Il est gonflé le pépé » me glisse Manu.
« -Allez, on s’en va, sinon il va nous gâcher l’après midi. »
M’adressant à l’autre pêcheur : « Non, on allait partir, on vous laisse le poste. »
Nous ramenons les lignes, récupérons les bouées, reprenons les cannes à fil intérieur et remontons au dessus du pont pour refaire la dérive du matin.
Sitôt installé à notre place, le pêcheur lance ses cannes. Il pêche au vif, sans doute au brochet car même de loin on distingue ses bas de ligne d’acier…
Notre dérive semble moins fructueuse que le matin. Les poissons font la sieste. Ils ont bien raison, c’est probablement ce que nous ferions si ce §§§§§§§§§§§§§§ (censuré) n’était pas venu.
Une demie heure s’est écoulée lorsque nous arrivons, les yeux rivés sur le sondeur, à sa hauteur.
« -Hé, les p’tits gars, faites attention, vous approchez pas, j’en ai un gros !!! »
Relevant la tête, nous voyons le zigoto arc-bouté sur une canne démesurée avec un moulinet qui pourrait servir de treuil pour tirer une voiture.
« -Put…, si ça casse, ça va faire mal » dis je à Manu.
A peine ai je terminé ; CLAC !!! La canne mamouthesque revient comme un ressort et frappe le gros bonhomme en plein front, il part en arrière, se prend les pieds dans le matériel au fond du bateau et tombe en arrière. Nous entendons un énorme CRRAAACCC.
« -Hé, monsieur, ça va ? »
Pas de réponse.
« -Il faut aller voir »
Nous nous approchons et commençons à entendre un grommellement sourd puis voyons émerger une tête. Le fond du bateau est jonché de débris de cannes, il en a écrasé au moins trois et un espèce de petit tabouret, sa caisse de matériel est renversé et à moitié écrasée. Il se relève difficilement en râlant.
« -Ca va, monsieur ?
-Ouais, ça va, occupez vous de vos affaires.
-OK, excusez nous »
Une énorme bosse rouge et bientôt violette est en train de sortir au milieu de son front, nous pouffons et nous retenons d’éclater de rire.
« -Allez, on se fait une dernière dérive et on descend, OK manu ?
-C’est parti ! »
Nouveau passage sur les fosses, nouvel échec.
« -Le dernier creux du coin est juste en aval du pont, on le fait et on descend vers le débarcadère.
-Tiens, on dirait un petit gratouillis… »
Tout à coup, le bras de Manu part en arrière, tiré par la tresse qui zippe dans le gant.
« -J’en ai un ! »
Je prends sa canne, récupère le mou.
« -C’est bon, lâches ! »
J’ai juste le temps de sentir un coup lourd, sourd dans la canne avant de la lui donner. Il prend contact, la canne plie, le frein du moulinet chante en lâchant du fil.
« -Il est gros !
« -Je m’en serais douté ! A voir ta canne et ta tête ! »
Une belle bagarre s’ensuit, il ne veut pas monter et sonde plusieurs fois puis, après quelques minutes, le silure dégaze enfin. On voit les grosses bulles annonçant sa prochaine rédition qui montent. Ca y est, il est là. Il mesure sûrement plus de deux mètres. Je le saisi des deux mains par la mâchoire inférieure et le fait glisser avec peine contre le bord du bateau pour le basculer à l’intérieur.
« -Je crois que c’est mon record ! » crie Manu
Je prends la pince pour enlever le triple, le décroche puis vois quelques chose de l’autre côté de la bouche du poisson. Un énorme hameçon simple.
Me tournant vers l’autre pêcheur qui est en train de plier ce qu’il lui reste de matériel : « -Vous pêchez avec des simples de quelle taille ?
-Je sais pas, c’est des hameçons à requin qu’on m’a donné. Vous en avez attrapé un ? J’ai pas vu.
-Non c’est rien, juste un petit, au revoir.
-Au revoir »
Nous laissons le courant nous pousser et accostons un peu plus loin, à l’abri des regards. Dépliant le tapis de réception pour ne pas l’abîmer, Manu jubile « -Ca aurait été dommage qu’il finisse en filet ou en darne, tu crois pas ? »
Je le regarde avec un sourire et lui fait un clin d’œil. Pas besoin de grands discours…
Mercredi, 20 heures, j’arrive enfin chez moi et regarde mes e-mails. Un message de Manu : « En souvenir de cette mémorable journée. » J’ouvre les fichiers joints : les photos des petits silures. Puis toute une série du 2,25m de Manu. Quel beau poisson… Qu’aurait fait le rougeaud s’il l’avait capturé ? Probablement tué ; mais pour quoi faire ? Il n’aurait quand même pas pu manger toute cette viande, ou alors il aurait rempli d’un seul coup son congélateur. Garder un poisson de temps en temps pour le manger, c’est normal mais des poissons trophées comme celui-ci…
Peut être le reprendrons nous un jour, quand il aura encore grossi, quel bonheur ce serait…
Provençale
Tes colères sont celles de la Durance
Tu es dure comme les cailloux de La Crau
Ton chant ressemble à celui de la garrigue
Et ta voie suit celle du Verdon
Je t’ai trouvé en rive de la première
T’ai aimé au soleil de la deuxième
Puis perdu dans les senteurs de l’autre
Te retrouverai-je dans les gorges
Dans les Alpes tes rires résonnent
Aussi joyeux que sur les plages
Où débarquèrent ces maures
Qui donnèrent leur nom à nos collines
Je te dédierai ma vie dans les premières
Te rendrai grâce sur les deuxièmes
Et reconnaîtrai tes racines venant des autres
En sillonnant les dernières pour te retrouver
Je deviendrai félibre, troubadour
Pour déclamer toujours plus haut
Ce sentiment au fond de moi, l’amour
Quand, toujours plus fort, tu cries bravo
Je serai hérétique, cathare
Pour toujours t’apprivoiser, te capturer
Afin de mieux être
Moi aussi, ton prisonnier
12 mai 06
Tu es dure comme les cailloux de La Crau
Ton chant ressemble à celui de la garrigue
Et ta voie suit celle du Verdon
Je t’ai trouvé en rive de la première
T’ai aimé au soleil de la deuxième
Puis perdu dans les senteurs de l’autre
Te retrouverai-je dans les gorges
Dans les Alpes tes rires résonnent
Aussi joyeux que sur les plages
Où débarquèrent ces maures
Qui donnèrent leur nom à nos collines
Je te dédierai ma vie dans les premières
Te rendrai grâce sur les deuxièmes
Et reconnaîtrai tes racines venant des autres
En sillonnant les dernières pour te retrouver
Je deviendrai félibre, troubadour
Pour déclamer toujours plus haut
Ce sentiment au fond de moi, l’amour
Quand, toujours plus fort, tu cries bravo
Je serai hérétique, cathare
Pour toujours t’apprivoiser, te capturer
Afin de mieux être
Moi aussi, ton prisonnier
12 mai 06
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